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EL GUEDDID (DJELFA) : UN COMBAT PERPETUEL CONTRE LA DESERTIFICATION

7/06 17h17

EL GUEDDID (DJELFA) - Il y a 15 ans, le désert était maître des lieux à El Gueddid commune, située à 80 km du chef lieu de Djelfa, une région agropastorale aux parcours très dégradés qui a pu transformer les dunes de sables à des champs verdoyants s’étendant à l’infini, grâce à une approche participative de lutte contre la désertification.

Les habitants de cette localité et ceux d’une dizaine d’autres communes ainsi que leurs exploitations encourent le danger d’ensablement venant du cordon dunaire qui traverse la vaste dépression d’épandage de crues des deux Zahrez Gharbi et Zahrez Chergui, menaçant quelques 300 familles riveraines.

"Avant, rien ne poussait dans cette zone. Il n’y avait rien à voir ici sauf qu’on contemplait l’avancée du désert qui dévorait petit à petit nos terres", se remémore Saad Harrane, agriculteur et éleveur d’El Gueddid devant des journalistes africains venus découvrir l’exploit réalisé par sa famille en défiant les dunes de sables.

Le déclic a commencé en 1996 lorsque la famille Harrane, avec l’aide des techniciens du Haut commissariat au développement de la steppe, avait décidé de prendre à bras le corps son ennemi naturel en fixant les dunes avec des plantes pastorales comme l’Atriplex, un arbuste prisé par le cheptel ovin et caprin, deux ruminants dominants de la steppe.

Cette famille a pu restaurer 440 hectares sur les 1.080 qu’elle possède dans cette localité près de Oued El Hadjia, et ce, grâce à la fixation des dunes et à l’irrigation par épandage des eaux de crues riches en sédiments et en éléments nutritifs très bénéfiques pour les sols.

Valoriser des terres avec des méthodes simples et moins coûteuses

L’impact de ces techniques est tout simplement magique. "Après avoir fixé les dunes, nous avons planté 24.000 oliviers de variété Siguoise et Chemlal", explique Saad en se réjouissant de sa dernière récolte qui lui a donné 17 litres d’huile par quintal d’olives.

Grâce au système d’irrigation par épandage, l’eau arrive à s’infiltrer jusqu’à 173 ha réservés à la production d’orge et de fourrages pour alimenter ses 700 brebis qui lui donnent chaque année environ 1.000 agneaux. Avec l’assistance technique des ingénieurs du HCDS, la famille Harrane composée de quatre fratries a obtenu des rendements de 60 quintaux/ha sur une superficie de 140 ha semés en orge dépassant largement la moyenne nationale qui est de 16 quintaux/ha.

"Avec l’élargissement de l’épandage des eaux de crues, nous allons planter encore 200 ha d’oliviers, 400 ha de blés et d’orges en intercalant avec la culture de pomme de terre d’arrière saison", affirme Saad en contemplant son exploitation pas loin de sa maison, où se mêlent les couleurs de poiriers, cerisiers, amandiers, pommiers et grenadiers. "Cette terre appartient à nos ancêtres, nous n’avons pas le droit de l’abandonner. Nous allons continuer à la valoriser", tonne ce jeune père de famille de 38 ans.

Eaux de ruissellement, ressource inestimable dans la steppe

"Il faut avoir de la patience et aimer sa terre pour obtenir de tels résultats", conseille-t-il. Valoriser les eaux superficielles est une spécialité que maîtrise parfaitement les techniciens du HCDS qui accompagnent les agro-éleveurs par la réalisation de petits ouvrages de stockage et de dérivation des eaux des crues.

Plus de 723 millions de m3 du sous-bassin versant de Oued Melah sont déversés chaque année dans les Sebkhas (grandes étendues d’eau salée au Sahara).Les trois ouvrages de stockage et de dérivation réalisés en amont du bassin versant permet de mobiliser 11 millions de m3 destinés à l’irrigation de quelque 3.700 ha par gravitation.

"L’exode rural a pris de l’ampleur durant les années 1990, mais après la réalisation d’une digue de Oued Melah en 2000, les gens ont préféré revenir", dira Abdelkader, propriétaire d’une exploitation de 1.400 ha distante d’un kilomètre de la déviation du cours d’eau.

"Nous cultivons ces terrains de père en fils. Elles nous donnent aujourd’hui des rendements de blé allant jusqu’à 30 quintaux/ha, 40 quintaux/ha d’orge et 200 bottes de fourrage", énumère cet octogénaire devant son champ de blé encore verdoyant en ce début du mois de juin.

Coût de l’action et coût de l’inaction...

Avec un coût du mètre cube d’eau dérisoire, ne dépassant pas les 2 dinars (moins de 0,03 dollar), l’irrigation par épandage génère une production fourragère et céréalière qui assure des revenus à plus de 200 familles d’agro-éleveurs dépendant du périmètre irrigué à partir de Oued Mellah.

"Dans ce périmètre irrigué, un agneau de 4 mois d’âge prend jusqu’à 15 kg contre 10 kg pour un agneau élevé dans les parcours dégradés", illustre Lakhdar Brouri chef de département Elevage au HCDS qui présentait une évaluation d’impact de cette technique sur l’économie des éleveurs.

Un éleveur peut gagner jusqu’à 900 dollars/ha irrigué par épandage, une technique qui permet au même temps d’alimenter la nappe phréatique. Le rendement à l’hectare irrigué par épandage peut atteindre jusqu’à 3.000 unités fourragères (l’unité équivaut à un kilo), une production qui nécessite 100 ha de parcours dégradés, selon des experts.

Redevance de 1.000 DA pour régénérer les parcours

Eu égard à la dégradation avancée des parcours steppiques, les pouvoirs publics ont introduit une loi imposant aux éleveurs de payer une redevance de pacage de 1.000 DA/ha dans les parcours relevant du domaine privé de l’Etat.

Le périmètre de Reguiga, lieu relevant de la commune de Bouirat Lahdab a été mis en défens pendant une période de trois ans pour permettre la régénération des parcours alfatiers très dégradés du fait du surpâturage.

Ce mode de gestion a boosté la production fourragère de 30 à 600 unités fourragères/ha, soit plus de 900.000 unités par an et la création d’une dizaine d’emplois permanents en postes de gardiens qui veillent au respect de la loi. Les deux tiers des recettes générées par ces parcours sont versés aux caisses des collectivités locales, le reste va au Trésor Public.

Le périmètre d’une superficie de près de 1.500 ha dispose d’un puits équipé en pompe solaire et une mare. Il est ouvert au pâturage une année sur deux pendant l’automne et le printemps.Cette gestion rigoureuse "a permis non seulement d’améliorer la couverture végétale de 10 à 80%, mais de préserver aussi la biodiversité, le gibier règne ici" a indiqué M. Lakhdar Boukhari chef du département aménagement pastoral au HCDS.

Ces techniques de gestion durable des terres ont permis de restaurer plus de 57.000 ha dégradés dans la wilaya de Djelfa, (300 km au sud d’Alger), dont 21.000 ha ont été réalisés en partenariat avec les agro-éleveurs privés.

Cette expérience avérée a donné des résultats salutaires permettant à l’Algérie de récupérer déjà 3 millions d’ha de terres sur les 32 millions ha menacés par la désertification au niveau des steppes dont 15,3 millions d’ha classés très dégradées, l’objectif étant de restaurer 7 millions d’ha à moyen terme.

Les steppes sont des régions à tradition pastorale où vivent environ 18 millions de têtes d’ovins et 3 millions de têtes de caprin, soit la quasi totalité du cheptel de l’Algérie

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